L'origine du GUNGAKU HEIHO japonais, ou stratégie martiale classique, remonte à la période NARA (645-794 ap. J.C.). Le développement de cette stratégie a été fortement influencé par le bouddhisme, religion venue de l'Inde, et par le shintoïsme, culte typiquement japonais. Le Gungaku Heiho a aussi intégré beaucoup d'éléments issus de la philosophie chinoise, et particulièrement par les concepts de Yin et Yang, de la doctrine des cinq éléments et d'incantations. Les techniques de l'école Tenshin Shoden Katori Shinto ont été gardées secrètes depuis l'époque de leur codification, il y a quelques six siècles (fondation en 1447).
Pourquoi et comment ces techniques ont-elles pu être maintenues secrètes jusqu'à nos jours ? La première explication est qu'elles contiennent des enseignements occultes, mais aussi parce que l'enseignement fondamental de l'école est de mettre en adéquation Heiho avec Heiho. Heiho est l'enseignement martial des armes classiques. En caractères japonais, il signifie la méthode du soldat. Mais en chinois, il exprime la notion de calme, de paisible. Etablie sur base de ce jeu de mots, l'école Katori est devenue un élément important du patrimoine japonais, parce qu'elle a été capable de préserver au-delà du temps ses formes pures, ou KAJO (kata). L'enseignement dispensé actuellement est toujours conforme aux principes de son fondateur, Iizasa Choisai IENAO. Ce patrimoine unique, extraordinaire témoignage de fidélité aux traditions martiales, s'est transmis jusqu'à nos jours. Les Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu fait partie du cercle très fermé des trésors nationaux japonais.
Le sanctuaire Katori se trouve dans l'actuelle préfecture de Chiba. Il est dédié à Futsu-Nushi-No-Mikoto. Ce dieu mythologique a joué un rôle prépondérant dans la pacification du Japon Ancien. Il est actuellement considéré comme le gardien de la sécurité urbaine, du développement industriel. Il est surtout le gardien séculaire des valeurs martiales. Les pratiquants viennent lui rendre hommage et demander son aide et inspiration pour améliorer leur évolution sur les voies martiales. Dans chaque dôjô de l'école Katori est dressé un autel dédié à cette divinité.
Iizasa Choisai Ienao (1387-1488) a vécu au village de Iizasa (nom actuel : Tako-machi). Il s'est distingué très tôt à l'étude du sabre et de la lance. Parmi les hommes de la famille Chiba, ses supérieurs hiérarchiques, Ienao était très réputé pour son habileté. Pendant sa jeunesse, Ienao participe à de nombreux combats sur les champs de bataille sans jamais connaître la défaite. Sa renommée s'étend rapidement dans les régions environnantes. Après le déclin du clan Chiba, Ienao se retire à Umekiyama, proche de l'actuel sanctuaire Katori. A l'âge de soixante ans, Ienao décide de dédier son entraînement journalier au sanctuaire pour une période de mille jours (GYO). Après d'austères séances de purification, il s'engage à un régime strict d'entraînement martial. C'est à ce moment qu'il perçoit une vision de Futsu-Nushi-No-Kami. Le puissant dieu lui apparaît sous l'apparence d'un jeune garçon assis sur une branche d'un vieux prunier près duquel Ienao s'entraîne sans relâche. Cette "vision" offre à Ienao un volume du MOKUROKU HEIHO NO SHINSHO, livre de stratégie martiale écrit par une main divine. La vision lui prédit aussi qu'il sera un des plus grands maîtres de sabre sous le ciel...
Notons que d'autres écoles traditionnelles d'arts martiaux se déclarent également être redevables d'une similaire expérience mystico-martiale. Ce coup de pouce divin survient alors fréquemment au moment où le fondateur de l'école effectue une période ponctuée d'entraînement particulièrement intensif.
Après l'examen de la somme énorme de manuscrits secrets de stratégie martiale qui sont toujours détenus par le descendant de la famille Iizasa, il apparaît que Ienao a expérimenté des techniques d'une difficulté inhabituelle et une rude méthode d'entraînement martial, allant de pair avec une profonde recherche spirituelle.
Maître Ienao meurt à l'âge surprenant de 102 ans. Depuis sa mort, la lignée des grands maîtres s'est poursuivie de manière ininterrompue jusqu'à nos jours.
L'école Katori est considérée par le gouvernement japonais comme la plus remarquable de toutes les traditions martiales du Japon. Rappelons qu'elle est le premier Budo élevé au titre de trésor national, depuis 1960. Cette école inclut dans son héritage la pratique du Iai-jutsu (l'art de tirer l'épée), Ken-jutsu (l'art du sabre), Bo-jutsu (bâton long), Naginata-jutsu (hallebarde), Yawara-jutsu (lutte à mains nues en armure), Shuriken-jutsu (armes de jet), Nin-jutsu (espionnage), So-jutsu (lance), Sen-jutsu (tactique), Chikujo-jutsu (fortifications de campagne). S'y ajoutent l'étude de l'astronomie la topographie, le fusui (étude des vents et des eaux, feng shui en chinois). Le tout est intimement lié au IN/YO (Yin et Yang), ainsi qu'à la cosmonogie chinoise.
Aujourd'hui encore, l'école conserve au Japon l'usage strict de traditionnel qui oblige un candidat membre à exécuter le rite du Keppan pour avoir accès à son enseignement. Il écrit et signe avec son propre sang un serment de fidélité envers les lignes de conduite de l'école. Grâce à cette méthode, Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu a maintenu l'originalité de ses enseignements après une durée de six siècles, à la fois dans l'esprit et la forme initiale dévoilée à Ienao, son fondateur.
Je m'engage à respecter rigoureusement les articles précédents et si je devais manquer à ma parole, je m'opposerais ouvertement à la grande Divinité de Katori et m'exposerais sciemment à son châtiment.
Toute forme de lutte pour être meilleur qu'un autre, pour écraser une tierce personne,
cette attitude de l'homme, on la trouve dans tous les domaines et à tous les niveaux
de la vie sociale. Ceci est à l'opposé de l'esprit véritable des arts martiaux, qui
suppose la disponibilité, la simplicité, l'humilité.
SUGINO Yoshio
En 1940, le centre de Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu lui accorde l'autorisation d'enseigner. IIZASA Kinjiro, le 19e Soke (descendant du fondateur IIZASA Ienao) lui permet en effet de transmettre les disciplines faisant partie intégrante de ce Ryu (école). Sugino sensei est également autorisé à écrire un livre traitant de l'école. IIzasa Shuri No Suke Kijiro préfaça cet ouvrage comme suit :Sugino sensei s'est éteint le 13 juin 1998, à l'âge de 94 ans, après avoir confié la responsabilité de son dojo de Kawasaki à son fils, Yukihiro sensei. Haut de 159 centimètres et léger de 56 kilos, Sugino sensei figurait parmi les grands des arts martiaux du siècle dernier.